« J'ai bien peur d'avoir une phobie »

 

Quand notre cerveau déclenche l'alarme sans véritable danger. Et si l'hypnose pouvait nous aider ?

« Je sais bien que c'est ridicule, docteur… mais je n'y arrive pas. »

Cette phrase, je l'entends souvent en consultation.

Une personne qui ne peut pas monter dans un avion. Une autre qui change de trottoir à la vue d'un chien. Quelqu'un qui repousse depuis des années une simple prise de sang.

Et toujours cette même question : « Je sais pourtant qu'il n'y a pas vraiment de danger. Alors pourquoi est-ce que je réagis comme ça ? »

C'est tout le paradoxe des phobies : la raison sait, mais le corps réagit autrement.

Quand la peur devient une prison

Avoir peur, c'est normal. C'est même indispensable à notre survie. Mais parfois, notre système d'alarme devient trop sensible.

Imaginez un détecteur de fumée qui se déclenche chaque fois que vous faites griller du pain. Il fonctionne, mais il interprète mal le danger.

La phobie, c'est un peu cela : une peur excessive, persistante, qui finit par nous pousser à éviter certaines situations.

On ne prend plus l'ascenseur, on renonce à voyager, on repousse des soins médicaux…

Et peu à peu, on réduit son monde pour ne plus avoir peur.

Que se passe-t-il dans notre cerveau ?

Notre cerveau possède des circuits spécialisés dans la détection des menaces. L'amygdale cérébrale y joue un rôle important, en interaction avec l'hippocampe, impliqué dans la mémoire, et le cortex préfrontal, qui participe à l'évaluation et à la régulation de nos réactions.

Face à une situation redoutée, ces réseaux peuvent déclencher une véritable réaction d'alarme : cœur qui s'accélère, respiration qui change, muscles qui se contractent, envie de fuir.

Et tout cela peut survenir avant même que nous ayons eu le temps de réfléchir.

Savoir qu'il n'y a pas de danger ne suffit donc pas toujours à calmer une peur que notre cerveau a appris à déclencher.

Pourquoi nos phobies persistent-elles ?

Parce que nous avons naturellement tendance à éviter ce qui nous fait peur.

Prenons quelqu'un qui redoute les ascenseurs. Il s'approche, sent l'angoisse monter et décide finalement de prendre l'escalier.

Immédiatement, il se sent soulagé.

Son cerveau retient alors : « J'ai évité l'ascenseur, et tout va bien. »

La prochaine fois, l'envie de fuir risque d'être encore plus forte.

C'est le piège de l'évitement : il nous soulage aujourd'hui, mais entretient souvent notre peur de demain.

Et l'hypnose dans tout cela ?

En consultation, je rencontre des personnes qui ont tout essayé pour se raisonner. Elles savent que leur peur est excessive, mais cette connaissance ne change pas leurs réactions.

L'hypnose propose d'aborder les choses autrement.

Elle permet notamment de travailler sur les images mentales, les sensations corporelles et les anticipations qui accompagnent la peur.

Car notre cerveau peut réagir à une situation imaginée presque comme si elle était réelle. Pensez simplement à un citron que vous mordez : vous sentez peut-être déjà votre bouche saliver…

Cette capacité de l'imagination peut aussi devenir une ressource thérapeutique.

Sous hypnose, il est possible d'explorer progressivement d'autres façons de vivre une situation redoutée, de retrouver un sentiment de sécurité et d'apprendre à mieux réguler ses réactions.

Les thérapies par exposition restent aujourd'hui les traitements les mieux validés des phobies spécifiques. L'hypnose peut constituer un accompagnement complémentaire, même si les preuves de son efficacité propre demeurent plus limitées.

Retrouver sa liberté

Finalement, l'objectif n'est pas de ne plus jamais avoir peur. La peur fait partie de la vie.

C'est de ne plus la laisser décider à notre place.

Pouvoir reprendre l'avion, accepter un examen médical, monter dans un ascenseur ou simplement croiser un chien sans changer de chemin.

Des gestes ordinaires pour certains. De véritables victoires pour d'autres.

Car ce que notre cerveau a appris à craindre, il peut aussi apprendre à l'aborder autrement.

Et si, plutôt que de vous demander comment ne plus avoir peur, vous vous posiez cette question :

« Qu'est-ce que je pourrais enfin faire si ma peur ne décidait plus à ma place ? »

Dr Patrick Avarguès — Médecin, hypnopraticien
 

Références scientifiques 

  1. Böhnlein J, et al. Factors influencing the success of exposure therapy for specific phobia: A systematic review. Neurosci Biobehav Rev. 2020;108:796–820. PubMed.

  2. Odgers K, et al. The relative efficacy and efficiency of single- and multi-session exposure therapies for specific phobia: A meta-analysis. Behav Res Ther. 2022;159:104203. Article.

  3. Spiegel SB. Current issues in the treatment of specific phobia: Recommendations for innovative applications of hypnosis. Am J Clin Hypn. 2014;56(4):389–404. PubMed.

  4. Wolf TG, et al. Efficacy of hypnosis on dental anxiety and phobia: A systematic review and meta-analysis. Brain Sci. 2022;12(5):521. PubMed.

 


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !