La tristesse me submerge
Ce verbe, submerger, dit exactement la chose. Ce n'est pas une émotion qu'on traverse, c'est une eau qui monte, recouvre le reste, sans que l'on voie quand elle va se retirer.
La tristesse est légitime Après une perte, la tristesse est une émotion normale. Les réactions qui jalonnent un processus de deuil sont des réponses normales, ou du moins attendues, à une perte significative. Elles ne deviennent problématiques que lorsque la personne reste bloquée, ou lorsqu'un trouble avéré s'installe.
Le deuil n'est pas seulement le chagrin. Le chagrin, c'est ce qu'on ressent. Le deuil, c'est tout ce qui suit : se réorganiser, jour après jour, autour de ce qui n'est plus là. Vos repères, vos habitudes, votre place dans la famille, parfois votre métier. Tout est à repenser.
Cela prend le temps que cela prend. Ce temps n'est pas le même pour tout le monde.
Et cela ne concerne pas que la mort. On vit un deuil après une séparation, un licenciement, un départ forcé, un diagnostic qui referme un avenir. Beaucoup de gens s'excusent : « ce n'est pas comparable ». Le processus, lui, est le même.
Et pourtant, on entend encore : « il faut tourner la page », « à un moment il faut avancer », « ça fait déjà six mois ». Ces phrases n'accélèrent rien. Elles ajoutent seulement la culpabilité à la peine.
Ce que le corps en fait La tristesse réactionnelle ne reste pas dans la tête. Elle s'installe dans le sommeil qui se hache, la gorge qui se serre, la poitrine qui pèse, la fatigue qui ne cède pas au repos, l'appétit qui se dérègle, la pensée qui repasse en boucle sur les mêmes scènes.
tristesse ordinaire a des repères assez nets :
- elle se rattache à un événement identifiable — une perte, une rupture, une déception, une mauvaise nouvelle ;
- son intensité est cohérente avec ce qui l'a déclenchée ;
- elle fluctue : même au milieu de la peine, des moments de soulagement, de plaisir, parfois de joie, restent possibles ;
- elle n'empêche pas totalement de fonctionner. On continue, tant bien que mal, à manger, à dormir, à voir du monde.
Cela vaut aussi après une perte importante. Le deuil se manifeste par vagues : une tristesse écrasante à un moment, un rire au souvenir d'un détail l'instant d'après. Ces fluctuations sont saines. Un deuil qui se déroule normalement laisse coexister la douleur et les émotions positives.
Ce qui change quand la tristesse « submerge »
Le problème n'est pas l'intensité de la peine. C'est la perte du mouvement.
Quand la tristesse ne fluctue plus, quand elle occupe la totalité de l'espace intérieur en permanence, quelque chose s'est bloqué. Le corps suit : sommeil haché, gorge serrée, poitrine lourde, fatigue que le repos ne répare pas, pensées qui repassent indéfiniment sur les mêmes scènes.
Et une conviction s'installe : que ce sera comme ça pour toujours.
Ce que l'hypnose peut vous apporter
C'est précisément à cet endroit qu'elle travaille. Non pas contre l'émotion — contre la fixité.
Elle vous rend l'accès à autre chose. Le premier travail est presque toujours le même : retrouver, dans le corps, une sensation supportable. La chaleur d'une main. Le poids du dos contre le dossier. Une respiration qui descend. C'est peu de chose, et c'est décisif : l'expérience de constater que tout n'est pas recouvert. Ensuite, on l'installe, on lui laisse de la durée, on apprend à y revenir.
Elle agit sur ce que le corps a encaissé. L'hypnose est d'abord un travail somatique. Le sommeil est souvent ce qui revient en premier, et c'est déterminant : une nuit réparée change la traversée de la journée. Les tensions physiques de la peine — la gorge, le plexus, les mâchoires — se relâchent en séance, et ce relâchement s'apprend.
Elle ralentit la rumination. Repasser sans fin sur les mêmes scènes n'aide pas le processus : cela l'enlise. L'hypnose ne supprime pas ces pensées, elle en modifie le régime — leur vitesse, leur intensité, la distance depuis laquelle vous les regardez.
Elle laisse la place à l'émotion sans la laisser tout prendre. C'est ce qui distingue l'hypnose d'une technique de relaxation. On ne demande pas à la tristesse de partir ni de se taire. On lui donne un contour, une place, parfois une image. Beaucoup de personnes décrivent ce moment comme un soulagement inattendu : ne plus avoir à lutter.
Elle rouvre le rapport au temps. En état hypnotique, il devient possible d'aller chercher un avant où l'on allait bien, et d'entrevoir un après. Cette seule projection, quand la tristesse a convaincu que rien ne changera, a une valeur considérable.
Elle vous rend autonome. L'autohypnose est, à mes yeux, l'apport le plus durable. Ce n'est pas un gadget : c'est un outil que vous emportez, mobilisable en quelques minutes, à 4 h du matin ou dans une voiture sur un parking. Les vagues ne préviennent pas. Vous n'avez plus à les subir sans rien.
Quand il faut consulter d'abord
L'hypnose n'est pas le point de départ dans toutes les situations.
Si la tristesse dure depuis plusieurs semaines sans jamais fluctuer, si rien ne procure plus de plaisir, si l'estime de soi s'effondre et que le sentiment de ne plus voir d'issue s'installe, ce n'est plus une tristesse : parlez-en à votre médecin. Une dépression se soigne, et d'autant mieux qu'on ne l'a pas laissée s'installer.
Et si des idées de mort vous traversent, n'attendez pas. Le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24.
Pour finir
On ne guérit pas d'une tristesse légitime, et ce n'est pas le but.
Ce qui peut changer, c'est qu'elle redevienne une vague parmi d'autres, au lieu d'être l'océan entier.
Dr Patrick Avargues — médecin anesthésiste-réanimateur, hypnothérapeute — Hippocampe Hypnose #Hypnose #Tristesse #Émotions #Autohypnose


