Se programmer ou se préparer : ce n'est pas la même chose

Sport, musique, examens, prise de parole… Et si la meilleure préparation consistait à apprendre à faire face à l'imprévu ?

« À l'entraînement, tout va bien. Mais en compétition, je perds mes moyens. »

« Je connais parfaitement mon sujet, pourtant, devant le jury, j'ai un trou noir. »

« Il suffit que quelque chose ne se passe pas comme prévu pour que je perde toute ma confiance. »

Ces situations vous parlent peut-être.

Nous avons tous connu ce moment où, malgré notre préparation, nos compétences semblent soudain nous échapper.

Alors, comment mettre toutes les chances de notre côté ?

On entend parfois parler de « programmation mentale », comme s'il suffisait d'installer quelques instructions dans notre cerveau pour réussir le jour J.

L'idée est séduisante. Mais notre cerveau n'est pas un ordinateur.

Quand vouloir trop bien faire nous fait perdre nos moyens

Imaginez un joueur de tennis qui s'apprête à servir une balle décisive.

Il connaît son geste. Il l'a répété des milliers de fois.

Mais voilà qu'une petite voix apparaît : « Surtout, ne fais pas de double faute ! »

Et soudain, le bras se crispe, le mouvement perd sa fluidité, l'attention se fixe sur l'erreur possible.

Le psychologue Daniel Wegner a décrit ce phénomène : les processus ironiques du contrôle mental.

Lorsque nous cherchons à éviter absolument une pensée ou une erreur, une partie de notre esprit reste occupée à surveiller précisément ce que nous voulons éviter.

Et sous pression, cette surveillance peut finir par nous jouer des tours.

Essayez de ne surtout pas penser à un éléphant rose…

Vous voyez le problème ?

Des expériences en psychologie du sport ont d'ailleurs montré que certaines consignes formulées autour de l'erreur à éviter pouvaient augmenter le risque de la commettre, particulièrement sous pression.

À force de vouloir tout contrôler, nous pouvons perturber ce que nous savons pourtant très bien faire.

Se programmer ou se préparer : ce n'est pas la même chose

Se programmer, dans son sens le plus rigide, reviendrait à se répéter : « Je vais gagner, je ne tremblerai pas, je ne ressentirai aucune peur. »

Mais imaginons que les choses ne se passent pas comme prévu.

Un joueur de tennis perd les deux premiers jeux alors qu'il s'était imaginé dominer son adversaire. Un musicien commet une fausse note dès les premières mesures. Un candidat se retrouve face à une question inattendue.

Que devient le programme quand la réalité ne suit plus le scénario ?

C'est précisément là que se trouve sa faiblesse.

Lorsqu'on s'est préparé à un seul déroulement possible, l'imprévu peut provoquer un sentiment de perte de contrôle. On hésite, on se crispe, on cherche à retrouver coûte que coûte le scénario prévu… au lieu de s'adapter à ce qui se passe réellement.

À l'inverse, se préparer, c'est aussi apprendre à faire face à ce qu'on n'avait pas prévu.

C'est savoir retrouver sa concentration après une erreur, ajuster son geste, modifier sa stratégie, accepter une émotion inattendue sans se laisser envahir.

Car la véritable confiance ne consiste pas à être certain que tout se passera bien. Elle consiste à savoir que, même si tout ne se passe pas comme prévu, nous pouvons trouver une façon de faire face.

Et l'hypnose dans tout cela ?

En hypnose, je ne cherche pas à installer dans l'esprit une instruction qui garantirait la réussite.

Je propose plutôt de travailler sur les conditions qui permettent à chacun d'exprimer ses capacités.

Nous pouvons, par exemple, retrouver le souvenir d'un moment où tout semblait fonctionner naturellement : un geste fluide, une concentration particulière, une sensation de confiance.

Puis apprendre à reconnaître les sensations associées à cet état et à les mobiliser plus facilement.

L'imagerie mentale permet aussi de se représenter une situation à venir. Pas seulement lorsqu'elle se déroule idéalement, mais également lorsqu'un imprévu survient.

Comment réagir après une erreur ? Comment retrouver son attention lorsqu'on est déstabilisé ? Comment poursuivre malgré le trac ?

L'hypnose peut aider à explorer et à répéter mentalement différentes réponses possibles, plutôt que de s'enfermer dans un scénario unique.

L'autohypnose permet ensuite de s'approprier ces exercices pour les utiliser à l'entraînement ou avant une échéance importante.

L'objectif n'est pas de devenir une machine à réussir. C'est de rester capable de mobiliser ses ressources, même lorsque les choses ne se passent pas comme prévu.

Est-ce que cela fonctionne vraiment ?

Les recherches sur l'hypnose et la performance sont encourageantes, mais encore limitées.

Certaines études chez des sportifs montrent des améliorations de la confiance, du sentiment d'efficacité personnelle ou de performances techniques particulières.

D'autres retrouvent surtout des effets sur la façon de vivre le stress, sans amélioration significative du résultat final.

Les études restent souvent de petite taille, avec des méthodes différentes. Il serait donc excessif d'affirmer que l'hypnose améliore systématiquement les performances.

Elle constitue néanmoins une approche complémentaire intéressante pour travailler l'attention, l'imagerie mentale, la confiance et la régulation émotionnelle.

Être prêt, ce n'est pas être certain de réussir

Une bonne préparation mentale ne consiste pas à supprimer toute incertitude.

Elle consiste à pouvoir avancer malgré elle.

Le trac peut être présent. Une erreur peut survenir. Le résultat peut être différent de celui qu'on espérait.

Mais cela ne signifie pas qu'on doit perdre tous ses moyens.

Au fond, la question n'est peut-être pas : « Comment me programmer pour réussir ? »

Mais plutôt : « Comment me préparer pour donner le meilleur de moi-même, quoi qu'il arrive ? »

Se programmer, c'est se préparer à un scénario. Se préparer, c'est apprendre à faire face à l'imprévu.

C'est dans cette perspective que je situe l'accompagnement par l'hypnose.

Dr Patrick Avargues — Médecin, hypnopraticien
Hippocampe Hypnose — Bordeaux-Mérignac

REFERENCES :

1. Wegner DM. When the antidote is the poison: ironic mental control processes. Psychological Science. 1997;8(3):148–150. DOI. Fondement théorique des effets paradoxaux du contrôle mental.

2. Milling LS, Randazzo ES. Enhancing sports performance with hypnosis: An ode for Tiger Woods. Psychology of Consciousness. 2016;3(1):45–60. DOI. Revue de 17 études sur l'hypnose et la performance sportive, avec des résultats favorables mais des limites méthodologiques.

3. Barker J, Jones M, Greenlees I. Assessing the immediate and maintained effects of hypnosis on self-efficacy and soccer wall-volley performance. Journal of Sport and Exercise Psychology. 2010;32(2):243–252. PubMed. Essai randomisé auprès de 59 footballeurs montrant des améliorations de l'auto-efficacité et de la performance à une tâche technique, maintenues à quatre semaines.

 


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