« Je veux tout gérer » ou « je me fous de tout » ? Et si la solution était entre les deux
« Si je ne m'en occupe pas, personne ne le fera. » « Tout doit être parfait. » Puis, un soir, épuisé : « Au fond, je m'en fiche. »
Ces deux phrases semblent opposées. En réalité, elles parlent souvent la même langue : celle du tout ou rien. Et comme on l'a vu dans la série sur les vocables pathogènes, les absolus comme « tout », « rien », « toujours » ou « jamais » laissent peu de place à la nuance.
Vouloir tout gérer : un phénomène en hausse
Curran et Hill (2019) ont analysé les réponses de 41 641 étudiants américains, canadiens et britanniques à un questionnaire de perfectionnisme, entre 1989 et 2016. Toutes les formes de perfectionnisme ont augmenté de façon linéaire : les exigences envers soi, les exigences envers les autres, et le sentiment que les autres attendent la perfection de nous.
Dans l'ordre d'importance, les jeunes générations perçoivent que les autres sont plus exigeants avec elles, sont elles-mêmes plus exigeantes avec les autres, et plus exigeantes envers elles-mêmes. Les auteurs relient cette évolution à une culture centrée sur la compétition individuelle.
Le coût du « tout parfait »
Limburg et ses collègues (2017) ont réalisé une vaste méta-analyse de 284 études sur le lien entre perfectionnisme et troubles psychiques. Ils distinguent deux dimensions : la recherche de l'excellence, et les préoccupations perfectionnistes, comme la peur de l'erreur ou le sentiment de ne jamais en faire assez.
Les deux dimensions étaient associées à différentes formes de souffrance psychique, ce qui fait du perfectionnisme un facteur commun à plusieurs troubles. Les préoccupations perfectionnistes y étaient plus fortement liées que la simple recherche d'excellence, un résultat confirmé par des méta-analyses plus récentes.
Vouloir bien faire n'est pas le problème. C'est la peur de mal faire qui pèse.
3. « Je m'en fous » : quand le détachement devient une protection
À force de vouloir tout porter, on peut finir par s'épuiser. Maslach et Leiter (2016) décrivent l'épuisement professionnel autour de trois dimensions : l'épuisement, le cynisme et le sentiment d'inefficacité.
Le cynisme, d'abord appelé dépersonnalisation dans les métiers du soin, se traduit notamment par de l'irritabilité, une perte d'idéal et un retrait. Maslach souligne d'ailleurs que le cynisme pourrait être une composante plus importante du burn-out que l'épuisement seul.
Autrement dit, le « je me fous de tout » n'est pas toujours de la paresse ou de l'indifférence. Il peut être la dernière stratégie d'une personne qui a trop donné, trop longtemps.
4. La vraie compétence : savoir quand lâcher, et où réinvestir
Entre tout contrôler et tout abandonner, il existe une troisième voie.
Wrosch et ses collègues (2003) ont étudié deux capacités : renoncer à un objectif devenu inatteignable, et se réengager dans de nouveaux objectifs. Dans trois études, auprès d'étudiants, de jeunes et d'adultes âgés, et de parents d'enfants atteints de cancer, ces deux capacités étaient associées à un meilleur bien-être. Et elles pouvaient agir ensemble.
Ce n'est donc ni l'acharnement, ni le désintérêt qui protège. C'est la souplesse : savoir distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n'en dépend pas, lâcher le second, et investir le premier.
Ce que l'hypnose peut apporter
Je n'ai pas trouvé d'étude testant l'hypnose sur ce balancement entre contrôle et désengagement. Mais plusieurs de ses principes y répondent directement :
Laisser faire plutôt que « lâcher prise ». Comme je l'évoquais dans « Lâchez prise ! ou plutôt laissez faire ! », l'injonction à lâcher prise est paradoxale : on ne lâche pas sur commande. L'hypnose propose plutôt de laisser faire, ce qui est une autre forme d'action.
Apaiser le système d'alerte. Le besoin de tout contrôler est souvent alimenté par l'anxiété. Dans un essai randomisé, un programme d'hypnose en groupe a réduit le stress perçu (Fisch et al., 2020).
Assouplir les absolus. Remplacer « je dois tout gérer » par « qu'est-ce qui dépend vraiment de moi aujourd'hui ? », et « je m'en fous » par « de quoi ai-je encore envie de prendre soin ? ».
Retrouver de l'élan. Se projeter vers ce qui compte, pour réinvestir de l'énergie là où elle a du sens.
Ce qu'il faut garder en tête
Si le « je me fous de tout » s'installe durablement, avec une fatigue persistante, une perte d'intérêt ou un sentiment de vide, ce peut être le signe d'un épuisement professionnel ou d'une dépression. Parlez-en à votre médecin : ce n'est pas un manque de volonté, et cela se soigne.
Dr Patrick Avargues — Hippocampe Hypnose
Références
Curran T., Hill A.P. (2019). Perfectionism is increasing over time: a meta-analysis of birth cohort differences from 1989 to 2016. Psychological Bulletin. PMID : 29283599
Limburg K. et al. (2017). The relationship between perfectionism and psychopathology: a meta-analysis. Journal of Clinical Psychology. DOI : 10.1002/jclp.22435
Maslach C., Leiter M.P. (2016). Understanding the burnout experience: recent research and its implications for psychiatry. World Psychiatry. DOI : 10.1002/wps.20311
Wrosch C. et al. (2003). Adaptive self-regulation of unattainable goals: goal disengagement, goal reengagement, and subjective well-being. Personality and Social Psychology Bulletin. PMID : 15018681
Fisch S. et al. (2020). Group hypnosis for stress reduction and improved stress coping: a multicenter randomized controlled trial. BMC Complementary Medicine and Therapies. PMID : 33187503



