Apprendre à dire non : ce que les mots font à notre liberté
Dans les posts précédents, nous avons exploré les absolus (« toujours », « jamais ») puis la tyrannie du « je dois ». Aujourd'hui, un troisième piège du langage : le non qui ne s'assume pas.
- 1. Pourquoi le non coûte autant
Refuser active une crainte sociale : décevoir, être rejeté, paraître égoïste. Les travaux de Flynn et Bohns éclairent ce mécanisme sous un angle inattendu. Dans une de leurs expériences, les participants pensaient devoir solliciter 7,2 inconnus pour obtenir un seul oui ; il leur en a fallu 2,3 en moyenne. L'explication proposée : les demandeurs négligent le coût social du refus et ne pensent qu'au coût pratique de l'aide.
Ce qui signifie que la difficulté à dire non est un phénomène humain très répandu, pas une faiblesse personnelle. Cornell UniversitySSRN - 2. « Je ne peux pas » : un non déguisé
Beaucoup de refus prennent la forme d'une impossibilité : « je ne peux pas », « je n'ai pas le temps », « on ne m'autorise pas ». Ces formules protègent sur le moment, mais elles placent la décision à l'extérieur de soi, et laissent la porte ouverte à la négociation.
Patrick et Hagtvedt ont étudié cette nuance. Leur hypothèse de départ : les mots utilisés pour décrire nos choix agissent comme une boucle de rétroaction qui soutient ou freine nos objectifs. Leurs études ont montré l'efficacité de la formulation « je ne fais pas » lorsque l'objectif vient de la personne elle-même, avec un rôle médiateur du sentiment d'autonomie. Dans un second travail, ils ont transposé cette question du discours intérieur à la communication avec autrui. IDEAS home Printed from https://ideas.repec.org/a/oup/jconrs/doi10.1086-663212.html +2 - 3. Ce que j'observe en consultation
Chez de nombreux patients, le oui automatique s'accompagne d'une tension corporelle : souffle retenu, épaules qui montent, sourire crispé. Le corps dit souvent non avant la parole.
En hypnose, on ne cherche pas à fabriquer de l'assurance. On aide la personne à retrouver l'accès à ce signal intérieur, puis à le laisser s'exprimer en mots simples. - 4. Un petit exercice
La prochaine fois qu'une demande arrive :
- une expiration lente avant de répondre ;
- remarquer ce que fait le corps : ouverture ou contraction ;
- si c'est non, essayer : « Non, je ne fais pas ça » ou « Non, pas cette fois », sans justification excessive.
Dire non à une demande, c'est souvent dire oui à ce qui compte pour soi.


