Le stress peut-il me faire prendre du poids ?

Pourquoi le stress peut-il me faire prendre du poids ?

Et si le problème n'était pas seulement ce que nous mangeons, mais aussi ce que nous cherchons à apaiser ?

« Depuis que j'ai changé de travail, j'ai pris cinq kilos. »

« Quand je suis contrarié, j'ai besoin de manger quelque chose. Souvent du sucré. »

« Je sais que je n'ai pas faim, mais c'est plus fort que moi. »

Ces phrases, je les entends parfois en consultation.

Elles racontent une expérience assez familière : celle d'une journée difficile qui se termine devant le réfrigérateur, d'un paquet de biscuits ouvert sans vraiment y penser, ou de cette envie de chocolat qui apparaît précisément quand les soucis s'accumulent.

Alors, le stress fait-il vraiment grossir ?

La réponse est oui, parfois. Mais pas chez tout le monde, et pas pour les raisons qu'on imagine toujours.

Quand manger devient une façon de se réconforter

Nous ne réagissons pas tous au stress de la même manière.

Certaines personnes perdent l'appétit. D'autres ont davantage envie de manger, particulièrement des aliments sucrés ou gras.

Une étude menée par des chercheurs allemands a montré quelque chose d'intéressant : chez les personnes qui mangent davantage lorsqu'elles sont stressées, une expérience sociale désagréable augmentait la consommation de glace. Après une expérience positive, c'était l'inverse.

Cela suggère que, pour certaines personnes, manger ne répond pas seulement à un besoin énergétique.

Cela peut aussi devenir une façon de se consoler, de retrouver du plaisir ou de s'accorder une pause.

Et c'est bien compréhensible.

Lorsque la journée a été difficile, le cerveau recherche parfois une récompense immédiate. Or, la nourriture est accessible, familière et souvent associée à des sensations agréables.

Le problème n'est pas d'éprouver du plaisir en mangeant. C'est lorsque manger devient presque la seule réponse disponible à une émotion désagréable.

Le cortisol fait-il vraiment prendre du ventre ?

Vous avez probablement déjà entendu parler du cortisol, cette hormone produite notamment lors des situations stressantes.

On lui attribue aujourd'hui beaucoup de responsabilités : prise de poids, graisse abdominale, fatigue, envies de sucre…

La réalité est plus complexe.

Le cortisol participe à la mobilisation de l'énergie et à l'adaptation de l'organisme au stress. Il intervient également dans la régulation du métabolisme.

Certaines études ont retrouvé des associations entre la réactivité du cortisol au stress et l'adiposité abdominale.

Mais cela ne signifie pas qu'une personne qui prend du ventre a nécessairement « trop de cortisol ».

Le stress chronique peut s'accompagner de modifications hormonales, mais aussi de changements dans l'alimentation, le sommeil, l'activité physique et les habitudes de vie.

Et ces mécanismes interagissent.

Il n'existe donc pas de diagnostic de « ventre de cortisol » fondé sur la seule silhouette.

Quant aux produits promettant de faire fondre la graisse abdominale en « faisant baisser le cortisol », leurs arguments commerciaux vont généralement bien au-delà des preuves scientifiques.

Et si le sommeil était une partie du problème ?

C'est un mécanisme auquel on ne pense pas toujours.

Quand nous sommes stressés, nous dormons parfois moins bien. Nous avons du mal à nous endormir, nous nous réveillons pendant la nuit ou nous nous levons déjà fatigués.

Or, le manque de sommeil peut modifier les mécanismes qui régulent notre appétit.

Dans une expérience menée chez de jeunes hommes en bonne santé, deux nuits limitées à quatre heures de sommeil ont été associées à une diminution de la leptine, une augmentation de la ghréline et une sensation de faim plus importante.

Ces hormones participent à la régulation de la faim et de la satiété.

Bien sûr, deux mauvaises nuits ne suffisent pas à expliquer une prise de poids durable. Mais lorsque les nuits écourtées se répètent, elles peuvent favoriser des comportements alimentaires moins bien régulés.

Nous retrouvons alors un cercle assez classique :

Je suis stressé, je dors moins bien, je suis fatigué, je recherche davantage de réconfort dans la nourriture… et je finis par m'inquiéter de mon poids.

Une inquiétude supplémentaire qui peut, à son tour, entretenir le stress.

Pourtant, le stress ne fait pas grossir tout le monde

C'est un point important.

Une méta-analyse portant sur les études longitudinales a retrouvé une association globale modeste entre stress psychosocial et évolution de l'adiposité.

Autrement dit, le stress ne suffit pas à expliquer, à lui seul, pourquoi nous prenons du poids.

La génétique, l'âge, les traitements médicamenteux, les changements hormonaux, le sommeil, l'activité physique et l'environnement alimentaire jouent également un rôle.

Certaines personnes mangent davantage lorsqu'elles sont stressées. D'autres moins. Et chez beaucoup, les effets varient selon les circonstances.

La question la plus intéressante devient donc :

« Comment mon stress influence-t-il ma façon de manger ? »

C'est souvent en comprenant ce lien personnel que l'on peut commencer à changer quelque chose.

Quelle place pour l'hypnose ?

Commençons par une précision : l'hypnose n'est pas une méthode miracle pour perdre du poids.

Les études disponibles ne permettent pas de la considérer comme un traitement autonome de l'obésité ou du surpoids.

En revanche, elle peut être envisagée comme un accompagnement complémentaire, notamment lorsque le stress et les émotions interviennent dans le comportement alimentaire.

Dans ma pratique, je ne cherche pas à convaincre une personne qu'elle n'aime plus le chocolat ou qu'elle n'a plus besoin de manger.

Je m'intéresse plutôt à ce qui se passe juste avant.

Que ressent-elle ? De la faim ? De la fatigue ? De la colère ? De l'ennui ? Un besoin de réconfort ?

Parfois, la personne découvre qu'elle n'avait pas tellement envie de manger. Elle avait surtout besoin de souffler.

L'hypnose peut alors être utilisée pour explorer d'autres façons de répondre à ce besoin : retrouver une sensation de calme, prendre de la distance avec une émotion, mobiliser un souvenir agréable ou apprendre à reconnaître plus facilement les signaux corporels de faim et de satiété.

L'autohypnose peut également proposer un moment de régulation avant le coucher, lorsque les ruminations perturbent le sommeil.

Il s'agit d'objectifs thérapeutiques possibles, dont les bénéfices sur le poids restent à confirmer par des études plus robustes.

L'idée n'est pas de lutter contre son envie de manger, mais de retrouver la possibilité de choisir ce dont on a réellement besoin.

Un petit exercice avant d'ouvrir le placard

La prochaine fois qu'une envie de grignoter apparaît, essayez simplement de vous arrêter quelques secondes.

Sans vous juger. Sans vous interdire quoi que ce soit.

Et posez-vous cette question :

« Est-ce que j'ai faim, ou est-ce que j'ai besoin de quelque chose ? »

Si c'est de la faim, mangez.

Si c'est autre chose, essayez de reconnaître ce besoin : une pause, du repos, du réconfort, un moment pour vous, une façon de relâcher la tension.

Vous pourrez alors décider comment y répondre.

Et si vous choisissez tout de même de manger quelque chose qui vous fait plaisir, ce n'est pas un échec.

L'essentiel est de sortir progressivement de l'automatisme.

Et si nous arrêtions de faire la guerre à notre corps ?

Nous avons parfois tendance à considérer notre corps comme un adversaire : il réclame, il stocke, il résiste, il ne fait pas ce que nous voudrions.

Pourtant, nos comportements alimentaires racontent aussi quelque chose de notre état émotionnel, de notre fatigue et de nos habitudes.

Comprendre ces mécanismes ne fait pas disparaître les kilos.

Mais cela peut permettre de sortir d'un cercle fait de stress, de grignotage et de culpabilité.

Car derrière certaines envies de manger se cache parfois une autre envie : celle d'aller un peu mieux.

Et c'est peut-être par là que le changement peut commencer.

Dr Patrick Avargues — Médecin, hypnopraticien Le Carnet de l'Hippocampe — Hippocampe Hypnose


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