Jamais assez : pourquoi la satisfaction nous échappe

Vous l’avez obtenu… et déjà cela ne suffit plus

La promotion, la maison, les vacances tant attendues : le plaisir est là, puis il s’estompe. Très vite, l’esprit regarde déjà plus loin.

Ce n’est ni de l’ingratitude ni un défaut de caractère : c’est un mécanisme très ordinaire de notre fonctionnement psychologique.

Une étude devenue classique, publiée en 1978 auprès de 22 grands gagnants de loterie, avait produit un résultat surprenant : ils ne se déclaraient pas significativement plus heureux que les personnes du groupe témoin et rapportaient même moins de plaisir dans les petits événements du quotidien.

Depuis, la recherche a largement nuancé l’idée selon laquelle nous reviendrions toujours au même niveau de bonheur. Mais le phénomène d’adaptation existe bien.

Pourquoi avons-nous si vite besoin d’autre chose ?

On s’habitue. Ce qui était exceptionnel devient progressivement familier, puis normal. La nouveauté perd une partie de son pouvoir émotionnel. Cette « adaptation hédonique » est réelle, mais elle n’est ni totale, ni identique pour tous, ni irréversible : notre niveau de bien-être peut aussi évoluer durablement.

Désirer n’est pas apprécier. Les travaux de Berridge et Robinson ont notamment montré que les mécanismes qui nous poussent à rechercher une récompense — le wanting — ne se confondent pas avec ceux qui participent au plaisir que nous en retirons — le liking.

Autrement dit, vouloir davantage et apprécier davantage ne sont pas synonymes.

Ce modèle repose largement sur des travaux chez l’animal, mais il offre une grille de lecture particulièrement intéressante de certains comportements humains : nous pouvons continuer à poursuivre quelque chose alors même que le plaisir obtenu n’augmente plus vraiment.

Nos attentes modifient ce que nous ressentons. Une récompense n’est pas vécue uniquement en fonction de sa valeur. Elle dépend aussi de ce que nous attendions.

Les travaux de Rutledge et de ses collègues montrent que les fluctuations momentanées du bonheur sont notamment influencées par l’écart entre la récompense attendue et celle effectivement obtenue.

Une bonne nouvelle peut donc sembler extraordinaire si elle dépasse nos attentes… et presque décevante si nous espérions davantage.

Et nous nous comparons. En imagerie cérébrale, une même récompense peut susciter une réponse différente selon ce que reçoit une autre personne.

Notre satisfaction n’est donc pas seulement liée à ce que nous avons. Elle dépend aussi de ce que nous espérions et de ce que nous percevons chez les autres.

Notre cerveau est remarquablement efficace pour transformer l’exceptionnel en normal, anticiper la prochaine récompense et comparer ce que nous avons à ce que nous aurions pu avoir.

C’est très utile pour continuer à avancer. Beaucoup moins pour savourer.

Ce que l’hypnose peut apporter… et ce qu’elle ne promet pas

Soyons clairs : je n’ai trouvé aucune étude contrôlée évaluant spécifiquement l’hypnose sur ce sentiment de « jamais assez ».

Je ne vais donc pas vous promettre un effet qui n’a pas été démontré.

L’hypnose mobilise notamment l’attention focalisée, l’absorption et la modulation de l’expérience subjective. Les études en neuro-imagerie montrent des modifications de l’activité et de la connectivité de plusieurs réseaux cérébraux au cours de l’hypnose.

En séance, cet état peut être utilisé pour travailler, dans le sens que vous aurez choisi, à :

  • réapprendre à savourer pleinement une expérience simple ;
  • définir ce que serait « assez » pour vous ;
  • repérer le réflexe de comparaison et apprendre à s’en dégager ;
  • différencier ce que vous désirez réellement de ce que vous poursuivez par automatisme ;
  • revenir à l’expérience présente lorsque l’esprit est déjà parti vers « l’après ».

L’objectif n’est pas d’éteindre vos envies.

Il est de retrouver le goût de ce qui est déjà là.

Une distinction importante

Ne confondons pas insatisfaction et anhédonie.

Être insatisfait, c’est continuer à désirer davantage.

L’anhédonie correspond à une diminution ou une perte de la capacité à éprouver du plaisir, y compris pour des activités auparavant appréciées.

Si vous ne ressentez plus de plaisir depuis plusieurs semaines, il s’agit donc d’une autre question qui mérite d’en parler avec votre médecin.

Un exercice pour commencer

Ce soir, prenez quelques instants.

Notez trois choses que vous avez appréciées dans votre journée.

Pas nécessairement trois événements importants : un café agréable, une conversation, une lumière particulière, quelques minutes au calme, une musique, une sensation…

Puis, plutôt que de simplement les énumérer, arrêtez-vous quelques secondes sur chacune d’elles.

Qu’avez-vous réellement ressenti à ce moment-là ?

Les interventions fondées sur la gratitude ont, en moyenne, un effet positif mais modeste sur le bien-être.

Il ne s’agit donc pas de se convaincre que « tout va bien ».

Il s’agit peut-être simplement d’entraîner notre attention à remarquer aussi ce qui est déjà bien.

Sources

  • Brickman P, Coates D, Janoff-Bulman R. Lottery winners and accident victims: Is happiness relative? J Pers Soc Psychol. 1978;36(8):917-927.
  • Diener E, Lucas RE, Scollon CN. Beyond the hedonic treadmill: Revising the adaptation theory of well-being. Am Psychol. 2006;61(4):305-314.
  • Berridge KC, Robinson TE. Liking, wanting, and the incentive-sensitization theory of addiction. Am Psychol. 2016;71(8):670-679.
  • Rutledge RB, Skandali N, Dayan P, Dolan RJ. A computational and neural model of momentary subjective well-being. Proc Natl Acad Sci USA. 2014;111(33):12252-12257.
  • Fliessbach K, Weber B, Trautner P, et al. Social comparison affects reward-related brain activity in the human ventral striatum. Science. 2007;318(5854):1305-1308.
  • Jiang H, White MP, Greicius MD, Waelde LC, Spiegel D. Brain activity and functional connectivity associated with hypnosis. Cereb Cortex. 2017;27(8):4083-4093.
  • Choi et al. Gratitude interventions and well-being: a systematic review and meta-analysis. Proc Natl Acad Sci USA. 2025.

Dr Patrick Avargues Médecin anesthésiste-réanimateur et hypnothérapeute Hippocampe Hypnose — Bordeaux-Mérignac


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