Se préparer à avoir un enfant
Le désir d'enfant peut arriver comme une évidence ou se construire lentement. Pour certains couples, la grossesse vient vite. Pour d'autres, l'attente s'installe, avec ses espoirs, ses déceptions, et parfois un parcours médical.
Et très vite, les conseils fusent : « Il faut lâcher prise », « Arrête d'y penser », « C'est le stress qui bloque ». Que dit la recherche ?
Le stress empêche-t-il de tomber enceinte ?
C'est l'une des croyances les plus répandues, et l'une des plus culpabilisantes.
Boivin, Griffiths et Venetis (2011) ont rassemblé 14 études prospectives portant sur 3 583 femmes suivant un cycle de procréation médicalement assistée. Ils ont comparé le niveau d'anxiété ou de dépression avant le traitement entre les femmes qui sont tombées enceintes et les autres. Résultat : la détresse émotionnelle avant le traitement n'était pas associée à l'issue du cycle.
Leur conclusion est claire : ces résultats devraient rassurer les femmes et les médecins, car la détresse émotionnelle liée aux difficultés de fertilité ou à d'autres événements de vie ne compromet pas les chances de grossesse.
Les auteurs signalent un biais de publication modéré, et ces données concernent la procréation médicalement assistée. Mais le message est important : non, vous n'êtes pas responsable de l'échec d'un traitement parce que vous étiez stressée.
Prendre soin de son état émotionnel reste pourtant essentiel : non pas pour « réussir », mais pour mieux vivre cette période.
Préparer le corps
Certaines mesures ont fait leurs preuves bien avant la grossesse.
L'étude du Medical Research Council (1991) est un exemple marquant. Cet essai randomisé en double aveugle, mené dans 33 centres de 7 pays, a inclus 1 817 femmes ayant déjà eu une grossesse touchée par une malformation du tube neural, comme le spina bifida. Une supplémentation en acide folique autour de la conception réduisait de 72 % le risque de récidive. Les autres vitamines testées n'avaient pas d'effet significatif.
Les auteurs recommandaient que l'alimentation de toutes les femmes susceptibles d'avoir un enfant contienne suffisamment d'acide folique. La dose et le moment de la supplémentation dépendent de chaque situation : c'est un point à voir avec votre médecin ou votre sage-femme, idéalement avant même de commencer à essayer.
Plusieurs thèmes abordés dans cette série prennent aussi tout leur sens dans un projet d'enfant : le sommeil, l'alcool, le tabac, le stress chronique. Une consultation avant la conception permet de faire le point.
3. Et l'hypnose pendant un parcours de procréation médicalement assistée ?
Levitas et ses collègues (2006), en Israël, ont comparé 98 cycles de fécondation in vitro avec hypnose pendant le transfert d'embryon à 96 cycles sans hypnose, appariés sur des critères comme l'âge et la qualité des embryons.
Le taux de grossesse clinique atteignait 53 % par cycle dans le groupe hypnose, contre 30 % dans le groupe témoin. Le taux d'implantation était de 28 % contre 14 %. Les auteurs notaient aussi une attitude plus favorable des patientes face au traitement.
Ces résultats sont frappants, mais il s'agit d'une étude cas-témoins, non randomisée. Les femmes qui choisissent l'hypnose peuvent différer des autres par de nombreux aspects. Ce résultat demande à être confirmé par des essais randomisés, qui ne l'ont pas toujours retrouvé.
Préparer la naissance
L'essai SHIP (Downe et al., 2015) a réparti au hasard 680 femmes attendant leur premier enfant entre des soins habituels et des soins habituels complétés par deux séances de groupe d'autohypnose, avec un CD à écouter chaque jour.
Il n'y a pas eu de différence sur le recours à la péridurale, ni sur la plupart des autres critères cliniques et psychologiques étudiés. En revanche, les femmes du groupe autohypnose rapportaient moins de peur et d'anxiété que ce qu'elles avaient anticipé.
L'hypnose ne garantit donc pas un accouchement différent. Mais elle peut changer la manière de l'appréhender et de le vivre.
Ce que l'hypnose peut apporter
Tout au long du projet d'enfant, l'hypnose peut accompagner plutôt que promettre :
Apaiser l'attente et l'incertitude, qui peuvent devenir envahissantes. Accompagner les moments médicaux vécus comme stressants, comme les examens ou le transfert d'embryon. Préparer la naissance en travaillant sur la peur et la confiance. Et surtout, se libérer de la culpabilité du « si seulement j'étais moins stressée ».
Pour conclure
Se préparer à avoir un enfant, ce n'est pas tout maîtriser. C'est prendre soin de son corps avec l'aide de professionnels, et accueillir ses émotions sans s'en rendre responsable.
Et si l'attente devient longue ou douloureuse, parlez-en à votre médecin : un accompagnement médical et psychologique existe.
Dr Patrick Avargues — Hippocampe Hypnose
Références
Boivin J., Griffiths E., Venetis C.A. (2011). Emotional distress in infertile women and failure of assisted reproductive technologies: meta-analysis of prospective psychosocial studies. BMJ. PMID : 21345903
MRC Vitamin Study Research Group (1991). Prevention of neural tube defects: results of the Medical Research Council Vitamin Study. Lancet. PMID : 1677062
Levitas E. et al. (2006). Impact of hypnosis during embryo transfer on the outcome of in vitro fertilization–embryo transfer: a case-control study. Fertility and Sterility. DOI : 10.1016/j.fertnstert.2005.10.035 (à vérifier)
Downe S. et al. (2015). Self-hypnosis for intrapartum pain management in pregnant nulliparous women: a randomised controlled trial of clinical effectiveness. BJOG. PMID : 25958769



