Pessimisme : le cerveau peut-il apprendre l'espoir ?

Pessimisme : le cerveau peut-il apprendre l'espoir ?

« Je préfère m'attendre au pire, comme ça je ne suis pas déçu. » « Ça ne marchera jamais. » « À quoi bon essayer ? »

Le pessimisme se présente souvent comme du réalisme. Il protège, en apparence, contre la déception. Mais que dit la recherche de ses mécanismes et de ses effets ?

Notre cerveau est plutôt optimiste

Commençons par un fait surprenant : nous avons naturellement tendance à voir l'avenir en rose. Nous attendons des événements positifs même sans preuve : nous pensons vivre plus longtemps et être en meilleure santé que la moyenne, et nous sous-estimons nos risques de divorcer.

Sharot et ses collègues (2007) ont cherché comment le cerveau produit ce biais d'optimisme. En IRM, il était lié à une activation plus forte de l'amygdale et du cortex cingulaire antérieur rostral quand les participants imaginaient des événements futurs positifs plutôt que négatifs. Or ce sont les mêmes régions qui présentent des anomalies dans la dépression, elle-même associée au pessimisme.

Le pessimisme n'est donc pas simplement « voir la réalité en face ». C'est aussi un fonctionnement différent de la façon dont le cerveau se projette dans l'avenir.

L'impuissance apprise… qui ne s'apprend pas

Dans les années 1960, Seligman et Maier ont découvert qu'après des chocs incontrôlables, des animaux cessaient d'essayer d'échapper à la situation. Ils en ont conclu que les animaux apprenaient que rien de ce qu'ils faisaient ne comptait : c'était « l'impuissance apprise ».

Cinquante ans plus tard, les mêmes chercheurs reconnaissent que leur théorie avait « tout à l'envers » (Maier et Seligman, 2016). La passivité face à un stress prolongé n'est pas apprise : c'est la réponse par défaut, liée à l'activité sérotoninergique du noyau du raphé dorsal. Ce qui s'apprend, c'est le contrôle : le cortex préfrontal médian détecte qu'une action est possible et freine alors automatiquement cette réponse de passivité.

Pour les auteurs, ce mécanisme pourrait avoir des implications importantes pour le traitement de la dépression. Ces travaux portent sur l'animal, et leur transposition à l'humain reste une hypothèse. Mais le message est puissant : on ne naît pas condamné à la passivité, et l'expérience du contrôle se construit.

Pessimisme et santé

Rozanski et ses collègues (2019) ont rassemblé 15 études portant sur près de 230 000 personnes. L'optimisme était associé à un risque plus faible d'événements cardiovasculaires, et le pessimisme à un risque plus élevé. L'ampleur de cette association était comparable à celle d'autres facteurs de risque cardiaque bien établis. Les auteurs soulignent que ces états d'esprit sont potentiellement modifiables.

Ces études sont observationnelles : elles ne prouvent pas que le pessimisme cause les maladies. Mais elles invitent à le prendre au sérieux.

L'optimisme se travaille

Bonne nouvelle : l'optimisme n'est pas figé.

Malouff et Schutte (2017) ont analysé 29 études randomisées portant sur plus de 3 300 participants. Les interventions psychologiques augmentaient l'optimisme de façon significative. Les effets étaient plus importants avec l'exercice du « meilleur soi possible », et quand l'intervention était proposée en personne.

Cet exercice consiste à s'imaginer dans le meilleur avenir possible, après avoir travaillé pour y parvenir. Une autre méta-analyse de 29 études (Carrillo et al., 2019) confirme qu'il améliore le bien-être, l'optimisme et les émotions positives, avec des effets plus modestes sur les émotions négatives et les symptômes dépressifs.

Et l'hypnose ?

Soyons clairs : je n'ai trouvé aucune étude testant l'hypnose spécifiquement sur le pessimisme.

Mais deux éléments méritent l'attention :

Sur les symptômes dépressifs. Une méta-analyse de Milling et ses collègues (2019) a rassemblé 13 essais : l'hypnose apportait une amélioration nettement supérieure aux conditions contrôles en fin de traitement, et encore notable lors du suivi, pour les quatre essais qui l'évaluaient. Les auteurs jugent ces effets comparables à ceux de psychothérapies reconnues de la dépression. Associée à une thérapie cognitivo-comportementale, l'hypnose apportait aussi un avantage modeste, notamment sur l'humeur dépressive (Ramondo et al., 2021).

Sur la projection dans l'avenir. L'exercice du « meilleur soi possible » repose sur l'imagination d'un futur souhaitable. C'est une démarche très proche des techniques hypnotiques de projection dans le temps. Ce parallèle n'a pas été testé, mais il est cohérent.

L'hypnose peut aussi aider à retrouver ce que Maier et Seligman décrivent : le sentiment qu'une action est possible. Non pas en imposant l'optimisme, mais en rouvrant l'accès à un avenir imaginable.

Ce qu'il faut garder en tête

Le but n'est pas de remplacer le pessimisme par un optimisme naïf : le biais d'optimisme reste un biais. Il s'agit plutôt de retrouver de la souplesse dans la façon d'anticiper.

Et si le pessimisme s'accompagne d'une tristesse persistante, d'une perte d'intérêt ou d'un sentiment que rien ne pourra s'améliorer, parlez-en à votre médecin : ce peut être le signe d'une dépression, qui se soigne.

Dr Patrick Avargues — Hippocampe Hypnose

Références

Sharot T. et al. (2007). Neural mechanisms mediating optimism bias. Nature. PMID : 17960136

Maier S.F., Seligman M.E.P. (2016). Learned helplessness at fifty: insights from neuroscience. Psychological Review. PMID : 27337390

Rozanski A. et al. (2019). Association of optimism with cardiovascular events and all-cause mortality: a systematic review and meta-analysis. JAMA Network Open. PMID : 31560385

Malouff J.M., Schutte N.S. (2017). Can psychological interventions increase optimism? A meta-analysis. Journal of Positive Psychology. DOI : 10.1080/17439760.2016.1221122

Carrillo A. et al. (2019). Effects of the Best Possible Self intervention: a systematic review and meta-analysis. PLoS One. PMID : 31545815

Milling L.S. et al. (2019). A meta-analysis of hypnotic interventions for depression symptoms: high hopes for hypnosis? American Journal of Clinical Hypnosis. DOI : 10.1080/00029157.2018.1489777

Ramondo N. et al. (2021). Clinical hypnosis as an adjunct to cognitive behavior therapy: an updated meta-analysis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis. DOI : 10.1080/00207144.2021.1877549

Vérification. Les PMID de Sharot, Maier et Seligman, Rozanski et Carrillo sont confirmés sur PubMed. Pour Milling (2019), PubMed affiche un identifiant (34874235) qui ne correspond pas à la date de publication : je donne le DOI et vous conseille de contrôler. Le premier auteur de la méta-analyse de 2021 (Ramondo) est déduit d'un résumé de Semantic Scholar, et le premier auteur de la méta-analyse sur le « meilleur soi possible » (Carrillo) d'une liste d'articles liés : à confirmer. Les effets de l'étude de Rozanski sont des associations observationnelles. Les liens entre hypnose, projection dans l'avenir et sentiment de contrôle sont des réflexions cliniques de ma part.

Pistes pour enrichir la recherche. Le « pessimisme défensif » décrit par Julie Norem, qui peut être une stratégie utile chez certaines personnes anxieuses ; les travaux de Sharot (2011) sur la mise à jour asymétrique des croyances face aux bonnes et mauvaises nouvelles ; les méta-analyses de Milling sur l'anxiété (2019) ; les travaux de Michael Yapko sur l'hypnose dans la dépression, notamment le travail sur l'orientation vers l'avenir ; et le lien avec vos posts sur l'aversion à la perte et les vocables pathogènes, où « toujours » et « jamais » alimentent justement la vision pessimiste.


Lire les commentaires (0)

Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Burn-out : s' écouter avant la rupture

Burn-out : s' écouter avant la rupture

17 Sep 2026

Le burn-out prévient avant d'arriver.
Il s'installe lentement, souvent sans bruit, pendant que l'on continue de « tenir ».
Ce que dit l'OMS
Depuis la CIM-11,...

« Oui, mais » : quand une partie de nous dit non

« Oui, mais » : quand une partie de nous dit non

17 Sep 2026

« C'est une bonne idée, mais… »
« Je sais que je devrais, mais… »
« Tu as raison, mais… »
Trois petits mots, et la phrase change de sens. Ce qui vient après ...

Apprendre à dire non : ce que les mots font à notre liberté

Apprendre à dire non : ce que les mots font à notre liberté

17 Sep 2026

Dans les posts précédents, nous avons exploré les absolus (« toujours », « jamais ») puis la tyrannie du « je dois ». Aujourd'hui, un troisième piège du lang...

Catégories