Ce que l'alcool fait à mon cerveau
Ce que l'alcool fait à mon cerveau
L'alcool occupe une place à part. Il accompagne les fêtes, les repas, les fins de journée difficiles. On le prend « pour décompresser », « pour dormir », « pour être plus à l'aise ».
Mais que se passe-t-il vraiment dans le cerveau ? Regardons ce que dit la recherche, sans dramatiser ni minimiser.
La nuit : un faux ami du sommeil
Une revue de toutes les études disponibles chez des volontaires en bonne santé (Ebrahim et al., 2013) montre que, quelle que soit la dose, l'alcool réduit le temps d'endormissement, rend la première moitié de la nuit plus consolidée, mais augmente les perturbations du sommeil dans la seconde moitié. Sur l'ensemble de la nuit, le pourcentage de sommeil paradoxal diminue dans la majorité des études aux doses modérées et élevées.
Pour les auteurs, l'alcool ne fait que donner l'impression d'améliorer le sommeil, et ne devrait pas être utilisé pour dormir.
Or, comme on l'a vu dans « Ça sert à quoi de bien dormir ? », le sommeil range la mémoire et régule les émotions. Le verre du soir pour « mieux dormir » agit donc à contre-courant.
Sur la durée : un cerveau qui rétrécit
Même à faible dose. Daviet et ses collègues (2022) ont analysé l'imagerie cérébrale de 36 678 adultes d'âge moyen et plus âgés, en bonne santé, de la UK Biobank, en tenant compte de nombreux facteurs. La consommation d'alcool était associée à un volume cérébral global plus faible, à des volumes de matière grise régionaux plus faibles et à une moins bonne microstructure de la matière blanche. Ces associations apparaissaient déjà chez les personnes consommant en moyenne une à deux unités par jour, et se renforçaient avec la consommation.
La mémoire en première ligne. Topiwala et ses collègues (2017) ont suivi pendant 30 ans 527 adultes non dépendants, avec une IRM en fin d'étude. Plus la consommation était élevée, plus le risque d'atrophie de l'hippocampe augmentait, de façon proportionnelle à la dose. Même les personnes buvant modérément avaient trois fois plus de risque d'atrophie de l'hippocampe droit que les abstinents. Et une faible consommation n'avait aucun effet protecteur par rapport à l'abstinence.
Ces études sont observationnelles : elles montrent des associations, pas une relation de cause à effet démontrée. Mais leur cohérence mérite l'attention.
La dépendance : un cycle en trois temps
Quand la consommation devient une dépendance, Koob et Volkow (2016) décrivent un cycle en trois étapes, chacune liée à un circuit cérébral :
L'intoxication. Les effets de récompense, l'attrait croissant des signaux associés à l'alcool et les habitudes de recherche impliquent la dopamine et les opioïdes dans les noyaux gris centraux. On retrouve ici le mécanisme de « je ne peux pas m'en empêcher ».
Le sevrage et le mal-être. La fonction dopaminergique de la récompense diminue, tandis que les systèmes du stress sont recrutés dans l'amygdale étendue. L'alcool ne sert plus à se sentir bien, mais à ne plus se sentir mal.
La préoccupation et l'envie. L'envie irrépressible et l'affaiblissement des fonctions exécutives impliquent un dérèglement des connexions venant du cortex préfrontal et de l'insula.
La bonne nouvelle : le cerveau récupère
Le cerveau garde une remarquable capacité de récupération.
Chez des personnes dépendantes suivies en IRM après 1 semaine, 1 mois et 7,5 mois d'abstinence, le volume de la matière grise et de la matière blanche augmentait dans plusieurs régions, et les ventricules diminuaient. La récupération de la matière grise était plus rapide entre la première semaine et le premier mois qu'ensuite. Certains déficits persistaient toutefois après 7,5 mois, et les fumeurs récupéraient moins bien avec l'âge.
Une revue systématique de 16 études longitudinales conclut que la plupart des fonctions cognitives récupèrent dans les 6 à 12 mois d'abstinence, notamment l'attention, les fonctions exécutives et la mémoire.
Et l'hypnose ?
L'hypnose ne remplace pas une prise en charge en addictologie. Elle peut s'y intégrer, pour travailler sur ce que l'alcool venait apaiser : le stress, le sommeil, les automatismes, l'image de soi.
Et maintenant ?
Il ne s'agit pas de culpabiliser, mais de choisir en connaissance de cause. Réduire sa consommation, c'est offrir à son cerveau une chance de récupérer.
Et si vous pensez être dépendant, n'arrêtez pas brutalement sans avis médical : le sevrage doit être accompagné. Parlez-en à votre médecin.
Dr Patrick Avargues — Hippocampe Hypnose
Références
Ebrahim I.O. et al. (2013). Alcohol and sleep I: effects on normal sleep. Alcoholism: Clinical and Experimental Research. DOI : 10.1111/acer.12006
Daviet R. et al. (2022). Associations between alcohol consumption and gray and white matter volumes in the UK Biobank. Nature Communications. PMID : 35246521
Topiwala A. et al. (2017). Moderate alcohol consumption as risk factor for adverse brain outcomes and cognitive decline: longitudinal cohort study. BMJ. PMID : 28588063
Koob G.F., Volkow N.D. (2016). Neurobiology of addiction: a neurocircuitry analysis. Lancet Psychiatry. DOI : 10.1016/S2215-0366(16)00104-8
Serial longitudinal magnetic resonance imaging data indicate non-linear regional gray matter volume recovery in abstinent alcohol-dependent individuals (2014). PMID : 25170881
Recovery of neuropsychological function following abstinence from alcohol in adults diagnosed with an alcohol use disorder: systematic review of longitudinal studies (2024). PLoS One (à vérifier).
Shestopal I., Bramness J.G. (2019). Effect of hypnotherapy in alcohol use disorder compared with motivational interviewing: a randomized controlled trial. Addictive Disorders & Their Treatment. DOI : 10.1097/ADT.0000000000000170



