Soyez vigilents : après les Méga-feux du Sud Ouest, le traumatisme psychique peut couver sous les cendres

Fort McMurray, mai 2016. Une ville entière soit 88 000 personnes est évacuée en quelques heures. Le feu détruit 1 595 bâtiments. Il ne fait aucun mort direct.

C'est ce dernier point qui rend l'histoire intéressante pour nous.

Le feu, lui, ne s'arrête pas quand les caméras partent. Il est officiellement déclaré éteint en août 2017 : quatre cent cinquante-huit jours après son départ. L'essentiel de cette combustion s'est fait sous la surface, invisible, sans flamme.

Le psychotraumatisme suit exactement cette courbe.

Ce qu'on a mesuré à Fort McMurray

À trois mois, chez les évacués, entretien diagnostique à l'appui :

●        près d'un sur trois présente un trouble de stress post-traumatique constitué

●        un sur quatre, une dépression caractérisée

●        près d'un sur deux, une insomnie — le plus souvent directement liée au feu

À dix-huit mois, chez plus de 3 000 collégiens et lycéens de la ville : plus d'un tiers remplissent les critères d'un TSPT possible.

Aucun mort direct. Et pourtant ces chiffres impressionnants.

Pourquoi est-ce sournois ?

Parce qu'il manque le mort évident ! « Personne n'est décédé, je n'ai pas le droit d'aller mal. » La menace vitale perçue, elle, a bien eu lieu — et c'est elle qui traumatise, pas le bilan officiel.

Parce que le motif de consultation n'est pas psychiatrique ! Ils viennent pour le sommeil. Pour l'irritabilité, les douleurs, l'alcool. Presque jamais pour un traumatisme. Le symptôme d'appel masque le diagnostic.

Parce que ce qui entretient le trouble arrive après le feu ! L'assurance, la reconstruction, la perte d'emploi, le couple qui craque, la ville qui ne ressemble plus à rien la perte des repères écologiques.

Et parce que ça peut s'aggraver lentement ! dans une cohorte australienne suivie dix ans après les feux de 2009, de simples difficultés d'adaptation constatées trois ans après le sinistre multipliaient par cinq le risque de trouble psychiatrique sévère à dix ans.

Le sinistre est un événement. Le traumatisme est un processus.

Ce qu'on peut faire

La HAS est sans ambiguïté : la prise en charge doit être la plus précoce possible.

●        Fenêtre utile : trois mois, puis un an. C'est là qu'on rate les gens.

●        Trois outils  d’suffisent en consultation : PCL-5, ISI, PHQ-9.

●        Filières existantes en France : CUMP en phase immédiate, puis centres régionaux du psychotraumatisme.

●        En première intention sur un TSPT constitué : TCC centrée sur le trauma, EMDR.

Et l'hypnose que je pratique?

Je ne vais pas la survendre. Les données existent mais restent méthodologiquement fragiles, et les comparaisons directes ne la placent pas au niveau des thérapies centrées sur le trauma. Néanmoins les données plus solide concernent l'insomnie post-traumatique c'est-à-dire, précisément, le principal symptôme pour lequel ces patients ressentent.

Pour moi, l’hypnose est un outil d'accompagnement qu’on peut utiliser pour le sommeil, l’hyperactivation,  la restauration d'un espace de sécurité interne …

Le pic de demande de soins psychiques n'arrive pas pendant l'incendie. Il arrive entre six mois et trois ans après, quand plus personne ne fait le lien.

Sources

1. Belleville G., Ouellet M.-C., Morin C.M. (2019). Post-Traumatic Stress among Evacuees from the 2016 Fort McMurray Wildfires: Exploration of Psychological and Sleep Symptoms Three Months after the Evacuation. Int J Environ Res Public Health, 16(9):1604. DOI 10.3390/ijerph16091604.

Feu parti le 1er mai 2016, officiellement éteint en août 2017 après 458 jours ; 5 895 km² parcourus ; 1 595 bâtiments détruits ; environ 88 000 personnes déplacées ; aucun décès humain direct, mais nombreuses menaces vitales perçues.

À 3 mois, entretien diagnostique (n = 55) : 29,1 % de TSPT, 25,5 % de dépression, 43,6 % d'insomnie. Le dépistage auto-rapporté donnait 62,5 % : l'écart justifie de ne retenir publiquement que le chiffre diagnostique.

  1. 2. Brown M.R.G., Silverstone P.H. et al. (2019). Significant PTSD and Other Mental Health Effects Present 18 Months After the Fort McMurray Wildfire. Front Psychiatry — 3 070 élèves, 37 % de TSPT possible.
  2. 3. Beyond Bushfires (Australie, 2009). Trajectory of adjustment difficulties following disaster: 10-year longitudinal cohort study. BJPsych Open, 2024;10(2) — risque multiplié par cinq de trouble sévère à 10 ans ; TSPT lié au feu de 15,6 % à 7,6 % entre 3 et 10 ans dans le groupe le plus exposé. Seule source hors Fort McMurray, retenue parce qu'aucun suivi à 10 ans n'existe sur la cohorte canadienne.
  3. 4. HAS (octobre 2020). Évaluation et prise en charge des syndromes psychotraumatiques, note de cadrage : prise en charge précoce « indispensable ».
  4. 5. Hypnose. O'Toole S.K. et al. (2016), J Trauma Stress : effet large mais qualité méthodologique limitée. Gerger H. et al. (2016) : statut hétérogène des thérapies non centrées sur le trauma. Abramowitz E.G. et al. (2008), Int J Clin Exp Hypn : essai randomisé contrôlé sur l'insomnie du TSPT.

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