« Docteur, c'est normal d'avoir encore mal ? »

Ce que la douleur après une chirurgie nous dit, et ce que l'hypnose peut y changer.

La question arrive souvent sur le pas de la porte, au moment de partir. Parfois à voix basse, parfois avec un peu de gêne, comme si avoir encore mal était une faute.

« Après mon opération, c'est normal d'avoir encore mal, docteur ? »

Après une chirurgie fonctionnelle (une prothèse, une intervention sur le rachis, une réparation ligamentaire), nous l'avons tous entendue.

Et la réponse honnête tient en deux mots : ça dépend.

Le temps de la réparation

Une chirurgie, c'est une blessure contrôlée. Le corps a besoin de temps pour cicatriser, et la douleur des premières semaines accompagne ce travail.

À ce stade, rassurer est juste. Mais rassurer indéfiniment, c'est parfois passer à côté de quelque chose.

Trois mois : la ligne de partage

Depuis la dernière classification internationale des maladies de l'OMS (CIM-11), la douleur chronique post-chirurgicale est un diagnostic à part entière. On parle d'une douleur qui :

  • est apparue ou s'est aggravée après l'intervention ;
  • siège dans la zone opérée ;
  • dure depuis au moins 3 mois ;
  • n'est pas mieux expliquée par une autre cause (infection, tumeur, douleur qui existait avant).

Elle a souvent une composante neuropathique : brûlures, décharges, fourmillements.

Autrement dit, ce n'est pas « dans la tête ». C'est une douleur réelle, reconnue, qui mérite d'être prise en charge comme telle.

Ce n'est pas rare, et ce n'est pas une fatalité

Prenons la prothèse totale de genou, l'une des interventions les mieux étudiées. La dernière synthèse de l'université de Bristol (2025) retrouve :

  • environ 1 patient sur 5 qui a encore mal à 3 mois ;
  • 12 à 15 % qui gardent une douleur prolongée jusqu'à 2 ans.

Lisez ces chiffres dans l'autre sens : pour la grande majorité, la douleur diminue avec le temps. C'est aussi une information qui soigne.

Qui garde mal, et pourquoi ?

Les études convergent sur un point : le meilleur prédicteur de la douleur, c'est la douleur elle-même.

  • une douleur déjà présente avant l'opération ;
  • une douleur aiguë intense dans les jours qui suivent ;
  • le temps passé à avoir très mal.

S'y ajoutent des facteurs émotionnels et cognitifs : l'anxiété, la dépression, les symptômes de stress post-traumatique, et ce que les chercheurs appellent la dramatisation de la douleur (le « ça ne va jamais s'arrêter », « c'est forcément grave »).

Leur poids individuel est modeste. Mais ils ont une particularité précieuse : ils sont accessibles. On peut les repérer, on peut les accompagner.

L'hypnose, à chaque temps du parcours

C'est ici que l'hypnose trouve sa place. Pas comme une baguette magique, mais comme un outil qui agit précisément sur ces leviers-là.

Avant le bloc : préparer le terrain

L'anxiété préopératoire se travaille. Une consultation d'anesthésie qui choisit ses mots, une séance d'hypnose, un enregistrement d'autohypnose à écouter chez soi : autant de façons d'arriver au bloc autrement.

Pendant : chaque mot compte

Un essai multicentrique français (KTHYPE) a montré que la simple communication hypnotique réduit la douleur et l'anxiété lors de la pose d'une perfusion.

Plus surprenant encore : dans un essai publié dans le BMJ, des suggestions thérapeutiques diffusées au casque pendant l'anesthésie générale ont diminué la douleur des 24 premières heures d'environ un quart, ainsi que la consommation de morphiniques.

Même endormi, le patient entend quelque chose.

Après : apaiser la douleur aiguë

Les méta-analyses retrouvent un effet modéré de l'hypnose sur la douleur postopératoire, avec moins d'antalgiques morphiniques. Or la douleur aiguë intense est justement le premier facteur de risque de chronicisation.

Et si la douleur s'installe ?

Soyons honnêtes : les preuves sont ici plus fragiles.

Une méta-analyse de 2025 ne retrouve pas d'effet de l'hypnose sur la douleur chronique. Une autre, menée au CHU de Poitiers (2022), montre en revanche un effet modéré à important sur les douleurs musculosquelettiques et neuropathiques à partir de 8 séances, souvent associées à l'apprentissage de l'autohypnose.

Le message est clair : face à une douleur installée, l'hypnose s'inscrit dans la durée et dans une prise en charge globale (médicale, rééducative, parfois psychologique), jamais à la place.

Ce que l'hypnose change vraiment

Au-delà des chiffres, l'hypnose apporte peut-être d'abord ceci : rendre au patient une part d'action sur ce qu'il ressent.

Passer de « je subis » à « je peux faire quelque chose ». Découvrir que la douleur a des variations, des moments plus légers, des zones de confort qu'on n'avait pas remarquées.

Alors, que répondre ?

La prochaine fois qu'un patient pose la question, peut-être que la meilleure réponse commence par une autre question :

« Qu'est-ce que vous remarquez qui a déjà changé depuis l'opération ? »

Parce que répondre à la douleur, c'est déjà commencer à la soigner.

Dr Patrick Avargues Médecin anesthésiste-réanimateur, hypnothérapeute ericksonien Hippocampe Hypnose — Bordeaux-Mérignac

Références

  • Schug SA et coll. The IASP classification of chronic pain for ICD-11: chronic postsurgical or posttraumatic pain. Pain 2019.
  • Definition of chronic postsurgical pain in the ICD-11: implications for anaesthesiology and pain medicine. Br J Anaesth 2025.
  • Cheng HY, Beswick AD, Wylde V et coll. What proportion of people have long-term pain after total hip or knee replacement? An update. BMJ Open 2025.
  • Chronic postsurgical pain: from risk factor identification to multidisciplinary management at the Toronto General Hospital Transitional Pain Service. 2021.
  • Psychological and psychosocial predictors of chronic postsurgical pain: a systematic review and meta-analysis. Pain 2021.
  • Fusco N, Beloeil H et coll. KTHYPE, a multicentre randomised trial. Br J Anaesth 2020.
  • Nowak H et coll. Effect of therapeutic suggestions during general anaesthesia on postoperative pain and opioid use. BMJ 2020.
  • Yerzhan A, Chelly JE et coll. The use of medical hypnosis to prevent and treat acute and chronic pain. J Clin Med 2025.
  • Langlois P et coll. Hypnosis to manage musculoskeletal and neuropathic chronic pain. Neurosci Biobehav Rev 2022.

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